Les ronces dans le jardin : un cauchemar ou une bénédiction ?

Les ronces sauvages

Les ronces… Quand nous sommes venus nous installer ici, elles étaient omniprésentes. Là où se trouve aujourd’hui la terrasse, il y avait des ronces ; le poulailler en était envahi, et quand on s’enfonçait plus loin dans le jardin, on les voyait surgir sans cesse, à gauche comme à droite. C’étaient de véritables monstres, aux tentacules épaisses et longues. Impenétrables à certains endroits.

 

Ici, dans la vallée, quand on discute avec des gens qui ont un jardin, la conversation finit tôt ou tard par porter sur les ronces. C’est un véritable cauchemar, soupirent-ils.

Les ronces (Rubus fruticosus - mûres sauvages) : une bénédiction

Et c’était effectivement un cauchemar, au début. Pour rendre les lieux un tant soit peu vivables, il fallait les arracher du sol, racines comprises. Les vieux pommiers étaient invisibles dans la toile de ronces qui s’étaient enroulées jusqu’à la cime. Et quand on croyait que tout avait disparu, on trébuchait à nouveau sur un tentacule oublié dans les hautes herbes.

 

Mais aujourd’hui, le drame est derrière nous et on peut dire que la ronce présente aussi énormément d’avantages. C’est par exemple un endroit où les arbres peuvent pousser, même dans des conditions climatiques difficiles.

 

Dans la succession écologique, les ronces précèdent la forêt. Il y a d’abord une prairie, puis apparaissent les ronces, qui laissent ensuite place à la forêt. Les ronces sont les pépinières de la terre. Elles débarrassent le sol des graminées, l’ameublissent, retiennent l’humidité, offrent une protection contre le vent et contre les dégâts causés par les cervidés.

Sur une partie de notre jardin, nous avons laissé pousser les ronces qui étaient auparavant arrachées chaque année par l’ancien propriétaire. Et c’est une véritable aubaine !

Que faire avec les mûres sauvages ?

Nous avons aménagé deux sentiers pour pouvoir récolter les fruits. Outre les ronces, on trouve également des pruniers sauvages parmi les buissons, dont on peut faire une délicieuse confiture.

 

Nous avons aménagé des « key holes » (trous en forme de trou de serrure). En permaculture, nous cherchons à imiter les processus naturels. Nous tirons parti des qualités de la ronce en tant que « pépinière de la terre ». Les arbres que nous plantons dans les « key holes » poussent bien, car ils bénéficient de fraîcheur, d’humidité et d’une ombre parfaitement dosée au bon moment de leur croissance. Et ils sont protégés contre les ravageurs.

Poirier au milieu de la ronce

Nous avons également conservé les ronces comme barrière naturelle entre le jardin et la forêt. Il existe une méthode pour « tresser » les ronces afin d’obtenir une haie. Nous avons passé un après-midi aux côtés de Manuelle Paris, qui enseigne cette technique.

 

Dans l’éthique de la permaculture, nous voulons prendre soin de la terre. En laissant pousser les ronces, nous offrons également un refuge aux animaux, cela aide à prévenir l’érosion sur la pente et, en juin, les fleurs bourdonnent d’insectes.

Fleur de ronce

À quoi faut-il faire attention ?

Il s’agit bien sûr d’une plante envahissante : si on la laisse faire, nos prairies seront bientôt envahies par les ronces. Il faut donc rester vigilant et les tailler (ou les tresser) régulièrement.

 

  • Les arbres plantés dans les « key-holes » doivent disposer d’un large périmètre autour du tronc, exempt de ronces. Cela permet d’éviter la concurrence pour l’eau. Prévoyez un mètre tout autour et veillez à mettre en place une couche de paillis.
  • Taillez régulièrement les pousses envahissantes pour dégager les allées. Ailleurs dans le jardin également, nous veillons à retirer régulièrement les jeunes pousses aux endroits où nous ne voulons pas de ronces. Cela demande de la patience, mais au bout d’un certain temps, les racines s’épuisent et la plante ne repousse plus.
  • Avec près d’un hectare de terrain, nous ne pouvons pas tout faire en même temps ; nous choisissons donc les endroits où nous utilisons les ronces, ceux où nous les contrôlons (en les retirant une fois par an) et ceux où nous souhaitons les éliminer (en retirant régulièrement les jeunes pousses).

Les hôtes de nos chambres d’hôtes, et nous-mêmes, nous régalons de mûres fraîches et de confiture de mûres sauvages au petit-déjeuner. Et cela nous fait oublier que s’occuper de cette plante épineuse et envahissante n’est pas toujours une partie de plaisir. C’est même parfois un petit cauchemar. Mais ça en vaut vraiment la peine !

Retour en haut