La première vague de chaleur a eu lieu en mai, et la deuxième en juin. Aujourd’hui, début juillet, il fait déjà plus de 30 degrés depuis plusieurs jours et il n’y a pas la moindre goutte de pluie. L’Alsace connaît normalement des étés chauds, mais le printemps devrait être tempéré, avec des pluies régulières pour permettre aux jeunes plants de s’enraciner et de pousser. Non seulement une vague de chaleur aussi longue et aussi précoce dans l’année est sans précédent mais deux vagues de chaleur au printemps c’est juste fou. De plus le record absolu de température a été atteint le samedi 27 juin avec 41,2°C.
Des circonstances exceptionnelles ?
Des circonstances exceptionnelles ? Oui ! Il y a 1 chance sur 1000 pour que cela se produise. Mais ça c’est dans le climat du 20e siècle. Dans le climat de 2026, qui s’est déjà réchauffé de +1,4°C depuis l’ère pré-industrielle, c’est 1 fois tous les 10 ans. Et si nous ne prenons pas de mesures radicales de réduction des émissions de CO2 et de restauration de la nature, cela deviendra la nouvelle norme dans seulement quelques années.
Les débats portent sur ce que nos gouvernements devraient faire, sur la question de savoir s’il faut ou non installer la climatisation dans chaque maison ou dans les espaces publics, et sur la grande question : l’humanité restera-t-elle suffisamment productive face à cette chaleur pour faire tourner l’économie ?
Pendant ce temps, à Maisonsgoutte
Mais ici, à Maisonsgoutte, nous avions d’autres préoccupations. Quand on produit de la nourriture on vit les extrêmes climatiques dans notre chair. Nous nous levons à 5 heures pour aller dans le jardin tant qu’il fait encore frais. A partir de 10h il y fait trop chaud pour y travailler. Il est exposé plein sud, sur une pente. Les arbres viennent à peine d’être plantés et sont encore trop jeunes pour donner de l’ombre. Alors nous sauvons ce qui peut l’être : avec les vieux draps de nos grands-mères, des sacs à pommes de terre en jute , avec tout ce qui nous tombe sous la main pour apporter de l’ombre aux jeunes arbres et plantes fragiles.
Les poules ne supportent pas non plus ces températures car elles ne transpirent pas. A partir de 38°C le risque est très élevé. Elles ont de l’ombre mais même à l’ombre elles sont en danger. Alors nous vidons la remise construite à moitié dans la roche et c’est là qu’elles se blottissent contre la paroi fraîche aux heures les plus chaudes de la journée. Elle seront sauvées.
Même lorsque nous nous réfugions tous à l’intérieur avec – pour ceux qui l’ont – la climatisation allumée, la chaleur reste torride dehors. Et c’est là, dehors, que nous cultivons notre nourriture et élevons nos animaux. Les groseilles se dessèchent, les feuilles des jeunes arbres brûlent, les tomates se ratatinent et même les courgettes, qui sont pourtant toujours productives, traversent une période difficile. Les poules cessent de pondre, dans le meilleur des cas. Dans les méga-élevages, elles meurent en masse.
Nos conseils pour le jardin en cas de canicule
Pour tous ceux qui ont un jardin, voici nos conseils en cas de canicule :
- Couvrez le sol ! Cela a toujours été la priorité n° 1 dans tout jardin en permaculture, mais c’est absolument indispensable en cas de chaleur. Nous avons rajouté de la matière organique partout afin de former une couche épaisse qui permette de retenir l’humidité dans le sol le plus longtemps possible. Au pied des arbres, arbustes et au potager. Aussi faut-il prévoir et s’approvisionner à temps.
- Créez de l’ombre et ne laissez pas le vent souffler à sa guise. Nos haies, destinées à bloquer le vent, ne sont pas encore assez hautes; ainsi, en plus de l’ombre, nous essayons également de bloquer le vent chaud (très desséchant). C’est pour cela que nous étendons des draps et des toiles de jutes verticalement, le plus près possible du plant.
- L’eau, c’est la vie. Stockez pour arroser en période critique. Nous disposons d’une réserve d’environ 9 000 litres répartis dans différents réservoirs, ainsi que d’une source sur le terrain qui continue de fournir de l’eau au compte-gouttes même par temps chaud. Les jeunes plants et les jeunes arbres doivent être arrosés une fois par semaine en temps normal (en l’absence de pluie). Mais par une telle vague de chaleur, il faut augmenter la fréquence. Pour les plus sensibles, comme l’asiminier c’est même un arrosoir par jour.
- Le potager est varié et on y cultive également des fleurs et des céréales. Les tournesols font de l’ombre aux herbes aromatiques qui poussent en dessous. La mélisse sauvage et la vipérine, qui ont poussé à côté des choux, fonctionnent bien. Les arbustes à baies protègent les jeunes betteraves. En dessous de l’amarante qui devient une plante immense et robuste, les haricots trouvent de l’ombre et un support pour grimper. La diversité est une aide précieuse en cas de canicule.
- Nous nous préparons à un avenir où il fera de plus en plus chaud. Nous observons avec satisfaction que les arbustes et les couvre-sols de la forêt comestible que nous avons séletionné se portent bien. L’immortelle d’italie, l’absinthe, la lavande, la menthe, les lupins, le sumac, et au milieu, des tomates que nous n’arronsons presque pas.
